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Vincent Riou et Jean Le Cam sur PRB

Si « l’union » de Vincent Riou et de Jean Le Cam sur la Transat Jacques Vabre possède, côté performance, toutes les qualités pour être heureux, on ne peut pas dire pour autant qu’il survienne du fait d’une ressemblance. Et pourtant retrouver ces deux-là sur un même bateau entre Le Havre et le Brésil semble obéir à une évidence. De prime abord ces épousailles maritimes n’allaient pas de soi. Bien sûr ils sont Finistériens, 17 km seulement séparant Pont L’Abbé, lieu de naissance de Vincent, de  Quimper, celui de Jean. Bien sûr, ils ont tracé leurs premiers sillages sur les mêmes eaux : cette baie de Concarneau qui marque, une fois parée la pointe de Penmarc’h, la vraie entrée météorologique en Bretagne Sud. Dans les deux cas, il s’agissait du croiseur familial : un Armagnac pour Jean, un Evasion 34, pour Vincent qui trouvait que l’on utilisait trop le moteur sur ce fifty. Bien sûr la fréquentation de  Port-la-Forêt, la « Vallée des Fous », leur est commune.

Quatre ans plus tard, au départ de leur second Vendée Globe, cette complicité saute aux yeux de tous. La course va la faire entrer dans la légende. Le 6 janvier 2009, le VM Matériaux de Le Cam chavire à 48 heures du cap Horn. Son sauveteur n’est autre que Riou qui le récupère au prix d’une  manœuvre hardie. Quelques jours plus tard, après que les deux hommes, cette fois vraiment sur le même bateau, aient viré le Horn, PRB démâte brutalement. Un câble avait été abîmé lors de l’opération de sauvetage de Jean. La course est finie pour les deux mais leur complicité s’est définitivement muée en amitié. De celle que le sel marin a soudé à jamais. Depuis, ils ont souvent navigué sur le même bateau, gagné le Fastnet en 2011 et disputé leur deuxième cet été. Depuis,  leurs bureaux quasi voisins, ils se retrouvent souvent à terre à Port-la- Forêt. Ils parlent de bateau et de mer, de course, de tout et de rien. De leurs projets en solitaire, de leur envie de se retrouver sur un même bateau. Ensemble cette fois et pour la gagne. À bord de PRB en novembre prochain, entre Jean le faux bavard et Vincent le faux taiseux, on devrait aussi refaire le monde, échanger sur les bonnes choses de la vie, rire et se dire des histoires d’homme en regardant les étoiles. Des histoires de marins heureux d’être en mer et unis par la même volonté de gagner.

Mais la liste de coureurs au large finistériens qui ont usé leurs premiers cirés entre les Glénan et le continent puis ont pris pour port d’attache Port-la-Forêt est aussi longue qu’un jour sans kouign aman. Un viatique commun loin d’être suffisant donc pour expliquer la suite. D’autant qu’ils l’ont fait à des années d’intervalle : Vincent a dix ans quand Jean Le Cam entame en 1982 son palmarès en monocoque et sur multicoque. Les Le Cam sont, avec les Desjoyeaux, une des deux familles fondatrices de Port la-Forêt alors que l’habitant de Loctudy ne s’y rend que pour ses activités professionnelles. Quand en 2001, Vincent participe à sa première Solitaire du Figaro, Jean en a déjà gagné trois. Certes, cette même année, Vincent embarque à bord du trimaran Bonduelle barré par Jean pour les Grands Prix Orma mais il n’y a là rien d’autre que le lien qui unit un équipier à son skipper. Quand les deux hommes prennent le départ du Vendée Globe 2004, aucun commentateur ne rapproche Jean de Vincent. Ils font du premier le successeur logique de son ami Michel Desjoyeaux pour la victoire tandis qu’on pense le second propulsé dans la cour des grands davantage en tant qu’ancien responsable technique du bateau de Michel justement que pour ses qualités propres. Il y le Roi Jean et Vincent fait partie des manants. Seulement si Jean possède d’un roi la majesté, il n’y a chez lui aucune morgue aristocratique. Il reconnaît donc très vite en Vincent un de ses pairs. Il faut dire que les deux hommes ne vont pas se quitter en tête de la course, un jour Vincent devant, le lendemain Jean. À tel point qu’en plein milieu de l’Atlantique Sud, il s’en faut d’un cheveu que les deux hommes assoupis ne se percutent ! À partir de là, Vincent et Jean ne vont plus se quitter. Moins de sept heures séparent au final le premier du second sur la ligne d’arrivée. Jean n’a même pas encore mis pied à terre qu’il invite Vincent a trinquer à bord de son 60’. Les concurrents deviennent complices. Fraternels.

Source PRB.fr